Équipes soignantes signeuses : de leur création vers un plaidoyer international. EFSLI Toulouse 09/2017

Équipes soignantes signeuses : de leur création vers un plaidoyer international

L’ accès aux soins en langue des signes se fait grâce à deux dispositifs professionnels grâce à des interprètes dans de nombreux pays et aussi dans plusieurs endroits des équipes spécifiques dédiées à une médecine de proximité en langue des signes . Depuis 24 ans les raisons à l’origine de ces équipes sont différentes :

1993 Autriche- consultation de médecine générale dans l’élan santé mentale
1995 France – épidémiologiques , vulnérabilités particulières des populations sourdes aux épidémies 2012 Uruguay 2016 Tunisie contexte politique et l’existence d’une santé communautaire
2016 Argentine l’effet d’entraînement des unités existantes dand un contexte de santé communautaire.
Des projets d’ouverture existent au Cameroun, Colombie, Burkina Faso.

Les contextes de fonctionnement de ces unités sont très variés mais certains principes de base sont communs :
– concentration de moyens humains et culturels dans certains endroits du service public à destination d’une petite minorité linguistique dont les besoins demandent des compétences spécifiques.

– une consultation phare de médecine générale en langue

des signes, porte vers le système de soins – l’exigence linguistique est du côté des soignants avec la possibilité pour les sourds de choisir la langue utilisée en consultation,
– la facilité de dire la santé de façon compréhensible pour tous les sourds en se basant sur l’iconicité de la langue des signes,.
– au-delà des soins ce sont des espaces bi culturels soignants et sourds

Les professionnels impliqués ont des fonctions similaires
– les médecins signeurs rendent possible aux sourds l’expérience d’une relation duelle, le

« colloque singulier ». Ce sont aussi les coordinateurs du parcours de soins.
– les interprètes diplômés disponibles à chaque étape (médecins spécialistes, hospitalisations..).Ils permettent une clarification des rôles avec les tiers (famille, proches …). Ils ont un cadre de travail réglementé et présentent une garantie de compétence
les médiateurs sourds en santé. Les profils sont variés sel

on les pays et leurs formations aux métiers du soin. Ce sont les référents des compétences linguistiques et culturelles dans les équipes Il sont porteur d’un changement de représentations en mettant en évidence une égalité Sourds et Entendants.

-les travailleurs sociaux.


Les constats

La fréquentation
L’Autriche, l’équipe de Lund reçoit 600 patients par an.
La France se couvre progressivement d’unités : Paris, La Salpêtrière (1996), Paris, Saint-Anne , santé mentale (2001), Grenoble ( 2001) Bordeaux (2001), Strasbourg (2001), Montpellier (2002), Lille (2002), Marseille (2003), Rennes (2003), Toulouse (2003), Nancy (2004), Nice (2004), Marseille, santé mentale (2007), Nantes (2010), Poitiers (2011), Lyon (2014), Lyon santé mentale (2014), Chambéry (2015), Annecy (2016), Saint-Etienne (2017) plus unité santé mentale enfants Paris plus réseau de soins (Bourgogne). Près de 150 professionnels, 15 000 patients depuis 1995. Montevideo (Uruguay) a reçu 400 patients depuis son ouverture et effectué 842 consultations en 2016.
Santa Fé (Argentine) a reçu depuis mars 2016 200 patients et effectué 350 consultations
Tunis (Tunisie) pour ces premiers mois de fonctionnement a accueilli 70 patients.
Le succès de ces unités montre que les sourds sont nombreux à choisir un lieu où la langue des signes est structurellement utilisée.

Leurs besoins deviennent visibles.
Tout devient visible : les besoins linguistiques, les formations à faire , l’éducation à la santé.. Des études sur la santé peuvent être menées. Celles qui existent déjà constatent une population au niveau de soins inférieur à la population du pays avec
– une « souffrance »plus importante
– des actes techniques plus fréquents (césarienne..)
–des traitements non faits en raison des difficultés de communication ( mise sous insuline..) –retards de diagnostic

Nouvelles pratiques soignantes

L’intermédiation remplit plusieurs missions : accompagner le patient et le professionnel (soutien des équipes soignantes), favoriser la prise de parole et l’autonomie à terme (référent identitaire) Reprendre les informations médicales, décrypter et adapter (Sourds étrangers, patients avec déficits associés…), assistants consultants avec médecins signeurs, binôme interprètes-intermédiateurs. Dire la santé en LS un travail partagé où les intermédiateurs ont un rôle moteur avec une implication des médecins signeurs. L’iconicité de la langue des signes est un atout pour une compréhension de tous les sourds. ( un site dédié se met en place : sign-care.info)

l’interprète a sa place dans la réflexion collective pour ajuster son positionnement au sein d’une équipe soignante (((interprètes – co-soignants?) .

Plan juridique,
Il n’y pas encore un cadre international visant à l’égalité d’accès aux soins des sourds. La Convention Internationale relative à la personne handicapée stipule le principe de non discrimination, dans le respect de la confidentialité dans les relations avec les soignants. Ce principe a été important pour l’ouverture de la consultation La Salpêtrière en 1995 car les sourds séropositifs ne consultaient pas car ils étaient obligés de le faire avec l’aide d’un membre de leur famille . C’est désormais un argument juridique ratifés par des dizaines de pays. En s’appuyant sur lui et sur les différentes expériences, ce peut être un premier jalon pour développer un plaidoyer international pour le choix possible de la langue des signes dans les soins grâce à des services d’interprétation et/ou des lieux avec la langue des signes comme langue de soins. Ce serait une avancée sociale pour les sourds de tous les pays et aussi cela correspondrait à une urgence sanitaire dans certains pays touchés par le VIH où les sourds ont peu d’accès aux traitements.
A Toulouse le représentant de la Fédération Mondiale des Sourds a indiqué le chiffre de 70 millions de sourds. On peut se demander combien de millions de sourds choisiraient la langue des signes s’ils

en avaient la possibilité ? Actuellement environ 400 000 sourds peuvent accéder aux soins grâce à services d’interprètes et 25 000 en utilisant les unités langue des signes.
Faisons un rêve (!). Le plaidoyer est une réussite et le droit du choix de la langue est acquis. L’OMS devra fixer des objectifs : le choix de LS dans les soins pour 1 million de sourds en 2020, 5 millions en 2025, 5 millions en 2030 !

 

Dagron Jean association Sources
Numéro de téléphone de contact : +33 7 54 82 85 65
Françoise Galiffet co-fondatrice unité La Salpêtrière en 1995
L’association Sources est l’association pionnière qui a formulé les concepts de base des unités de soins pour sourds en France de 1995 à 1998. Depuis 7 ans elle soutient la création de nouvelles unités au Cameroun, Uruguay, Tunisie, Argentine, Chili.

Co-auteurs Marlyse Makake, Aimerance Djanpa (Cameroun) – Elisa Lambiase, Maria Ortega (Uruguay) – Lucas Gaston (Argentine) – Amira Yaakoubi, Ouassim Ben Diab (Tunisie) – Odile Candero (Suisse)- Sebastian Quinones, Maria Theresa Hurtado (Chili), Lina Fernanda Mejia (Colombie).

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